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Aimé Césaire For ever
2008.04.17
Allons
de noms de gloire je veux couvrir vos noms d'esclaves
de noms d'orgueil vos noms d'infamie
de noms de rachat vos noms d'orphelins !
C'est d'une nouvelle naissance, Messieurs, qu'il s'agit. (...)
Des hommes ? Peuh !... des ombres
Ma cour est un théâtre d'ombres.
( extrait de La Tragédie du Roi Christophe 1963 )
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Allons
de noms de gloire je veux couvrir vos noms d'esclaves
de noms d'orgueil vos noms d'infamie
de noms de rachat vos noms d'orphelins !
C'est d'une nouvelle naissance, Messieurs, qu'il s'agit. (...)
Des hommes ? Peuh !... des ombres
Ma cour est un théâtre d'ombres.
( extrait de La Tragédie du Roi Christophe 1963 )
1
Nous sommes ceux que l'on déposséda, que l'on frappa, que l'on mutila ; ceux que l'on tutoyait, ceux à qui l'on crachait au visage. Boys-cuisine, boys-chambres, boys comme vous dites, lavadères, nous fûmes un peuple de boys, un peuple de oui-bwana...
( extrait de Une saison au Congo 1967 )
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Nous sommes ceux que l'on déposséda, que l'on frappa, que l'on mutila ; ceux que l'on tutoyait, ceux à qui l'on crachait au visage. Boys-cuisine, boys-chambres, boys comme vous dites, lavadères, nous fûmes un peuple de boys, un peuple de oui-bwana...
( extrait de Une saison au Congo 1967 )
2
HORS DES JOURS ETRANGERS
Mon peuple
quand
hors des jours étrangers
germeras-tu une tête bien tienne sur tes épaules renouées
et ta parole
le congé dépêché aux traîtres
aux maîtres
le pain restitué la terre lavée
la terre donnée
quand
quand donc cesseras-tu d'être le jouet sombre
au carnaval des autres
ou dans les champs d'autrui
l'éponvantail désuet
demain
à quand demain mon peuple
Je vois l'Afrique multiple et une verticale
dans la tumultueuse péripétie
avec ses bourrelets, ses nodules,
un peu à part, mais à portée
du siècle, comme un coeur de réserve.
Et je redis : Ho mère !
et je lève ma force
inclinant ma face.
Oh ma terre !
que je l'émiette doucement entre pouce et index
que j'e m'en frotte la poitrine, le bras, le bras gauche,
que je m'en caresse le bras, le bras droit.
Ho ma terre est bonne,
ta voix est bonne.
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HORS DES JOURS ETRANGERS
Mon peuple
quand
hors des jours étrangers
germeras-tu une tête bien tienne sur tes épaules renouées
et ta parole
le congé dépêché aux traîtres
aux maîtres
le pain restitué la terre lavée
la terre donnée
quand
quand donc cesseras-tu d'être le jouet sombre
au carnaval des autres
ou dans les champs d'autrui
l'éponvantail désuet
demain
à quand demain mon peuple
Je vois l'Afrique multiple et une verticale
dans la tumultueuse péripétie
avec ses bourrelets, ses nodules,
un peu à part, mais à portée
du siècle, comme un coeur de réserve.
Et je redis : Ho mère !
et je lève ma force
inclinant ma face.
Oh ma terre !
que je l'émiette doucement entre pouce et index
que j'e m'en frotte la poitrine, le bras, le bras gauche,
que je m'en caresse le bras, le bras droit.
Ho ma terre est bonne,
ta voix est bonne.
3
Ma négritude n'est pas une pierre,
sa surdité ruée contre la clameur du jour.
Ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'oeil mort de la terre.
Ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale.
Elle plonge dans la chair rouge du sol.
Elle plonge dans la chair ardente du ciel.
Elle troue l'accablement opaque de sa droite patiente.
( extrait Cahier d'un retour au pays natal )
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Ma négritude n'est pas une pierre,
sa surdité ruée contre la clameur du jour.
Ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'oeil mort de la terre.
Ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale.
Elle plonge dans la chair rouge du sol.
Elle plonge dans la chair ardente du ciel.
Elle troue l'accablement opaque de sa droite patiente.
( extrait Cahier d'un retour au pays natal )
4
Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le
vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n'est pas en nous,
mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l'audience comme
la pénétrance d'une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l'Europe nous a
pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,
car il n'est point vrai que l'oeuvre de l'homme est finie
que nous n'avons rien à faire au monde
que nous parasitons le monde
qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l'oeuvre de l'homme vient seulement de commencer
et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins
de sa ferveur
et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la
force
et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons
maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu'a fixée
notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement
sans limite.
( extrait Cahier d'un retour au pays natal, Ed. Présence africaine )
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Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le
vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n'est pas en nous,
mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l'audience comme
la pénétrance d'une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l'Europe nous a
pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,
car il n'est point vrai que l'oeuvre de l'homme est finie
que nous n'avons rien à faire au monde
que nous parasitons le monde
qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l'oeuvre de l'homme vient seulement de commencer
et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins
de sa ferveur
et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la
force
et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons
maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu'a fixée
notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement
sans limite.
( extrait Cahier d'un retour au pays natal, Ed. Présence africaine )
5
Aimé Césaire en 2007 (photo by Eric S)
Biography
Aime Cesaire was born in 1913 in Martinique in the French Caribbean. He left for Paris in 1931 at the age of 18 with a scholarship for school. During his time at the Lycee Louis-le Grand, he helped found a student publication, Etudiant Noir.
In 1936, Cesaire started working on his famed piece Cahier which was not published until 1939.
He married fellow student Suzanne Roussi in 1937, and the couple moved back to Martinique with their son in 1939. Both Aime and Suzanne got jobs at the Lycee Schoelcher. In 1945 Cesaire began his political career when he was elected mayor of Fort-de-France and deputy in the Constituent Assembly on the French Communist Party ticket.
During the 1940s, Cesaire was busy writing and publishing many collections of his work. He seemed to be influenced by art because he wrote a tribute to a painter named Wilfredo Lam and one of his collections has illustrations by Pablo Picasso (Cesaire xxxviii).
In 1956, Aime Cesaire resigned from the French Communist Party and two years later he began the Parti Progressiste Martiniquais." During these years Cesaire attended two conferences for "Negro Writers and Artists" in Paris.
In 1968, he published the first version of Une Tempete, "a radical adaptation of Shakespeare's play The Tempest" (Davis xvi). He continued on with his writings of poetry and plays and retired from politics in 1993. All of Cesaire's writings are in French with a limited number having English translations.
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Aimé Césaire en 2007 (photo by Eric S)
Biography
Aime Cesaire was born in 1913 in Martinique in the French Caribbean. He left for Paris in 1931 at the age of 18 with a scholarship for school. During his time at the Lycee Louis-le Grand, he helped found a student publication, Etudiant Noir.
In 1936, Cesaire started working on his famed piece Cahier which was not published until 1939.
He married fellow student Suzanne Roussi in 1937, and the couple moved back to Martinique with their son in 1939. Both Aime and Suzanne got jobs at the Lycee Schoelcher. In 1945 Cesaire began his political career when he was elected mayor of Fort-de-France and deputy in the Constituent Assembly on the French Communist Party ticket.
During the 1940s, Cesaire was busy writing and publishing many collections of his work. He seemed to be influenced by art because he wrote a tribute to a painter named Wilfredo Lam and one of his collections has illustrations by Pablo Picasso (Cesaire xxxviii).
In 1956, Aime Cesaire resigned from the French Communist Party and two years later he began the Parti Progressiste Martiniquais." During these years Cesaire attended two conferences for "Negro Writers and Artists" in Paris.
In 1968, he published the first version of Une Tempete, "a radical adaptation of Shakespeare's play The Tempest" (Davis xvi). He continued on with his writings of poetry and plays and retired from politics in 1993. All of Cesaire's writings are in French with a limited number having English translations.
6
avec le Docteur Pierre Aliker son fidèle compagnon de lutte depuis toujours.
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avec le Docteur Pierre Aliker son fidèle compagnon de lutte depuis toujours.
7
en 2007 avec le Dr Pierre Aliker ( photo Eric S )
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en 2007 avec le Dr Pierre Aliker ( photo Eric S )
8
en 2007 Aimé Césaire
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en 2007 Aimé Césaire
9
Notre grand poète chantre de la Négritude député maire de Fort de France pendant 50 ans s'en est allé aujourd'hui 17 avril 2008 à 5h 20 du matin. Tristesse ...
1913 - 2008 il a marqué le siècle de son empreinte indélébile nous laissant en héritage son oeuvre colossale et sa pensée.
Eïa Aimé ! "ou adan tchiè nou ! ou matchié lespri nou pou toujou... "
Extrait de « Cahier d’un retour au pays natal »
Au bout du petit matin
Un grand galop de pollen
Un grand galop d’un petit train de petites filles
Un grand galop de colibris
Un grand galop de dagues
Pour défoncer la poitrine de la terre
Douaniers anges qui montez aux portes de l’écume
La garde des prohibitions
Je déclare mes crimes et qu’il n’y a rien à dire
Pour ma défense
Danses, idoles, relaps
Moi aussi l’ai assassiné Dieu de ma paresse
De mes paroles de mes gestes
de mes chansons obscènes.
J’ai porté des plumes de perroquet
Des dépouilles de chat musqué
lassé la patience des missionnaires
Insulté les bienfaiteurs de l’humanité
Défié Tyr, Défié Sidon
Adoré le Zambèze.
L’étendue de ma perversité me confond !
[…]
à charmer les serpents à conjurer les morts
à contraindre la pluie à contrarier les raz de marée
à empêcher que ne tourne l’ombre
que mes cieux à moi s’ouvrent
[…]
pour que revienne le temps
de promission
et l’oiseau qui savait mon nom
et la femme qui avait mille noms
de fontaine de soleil et de pleurs
et ses cheveux d’alevin
et ses pas mes climats
et ses yeux mes saisons
et les jours sans nuisance
et les nuits sans offense
et les étoiles de confidence
et le vent de connivence
[…]
nous chantons les fleurs vénéneuses
éclatant dans les prairies furibondes ;
les ciels d’amour coupés d’embolie ;
les matins épileptiques ; le blanc embrasement
des sables abyssaux,
et les descentes d’épaves dans les nuits
foudroyées d’ odeurs fauves.
[…]
Et voici au bout du petit matin
Ma prière virile
Que je n’entende ni les rires
Ni les cris, les yeux fixés
Sur cette ville que je prophétise,
Belle,
Donnez-moi la foi sauvage du sorcier
Donnez à mes mains puissance de modeler
Donnez à mon âme la trempe de l’épée
Je ne me dérobe point.
Faites de ma tête une tête de proue
Et de moi même, mon cœur , ne faites ni un père ni un frère, ni un fils
Mais le père, mais le frère, mais le fils,
ni un mari mais l’amant de cet unique peuple.
[…]
Mais ce faisant, mon cœur,
Préservez-moi de toute haine
Ne faites point de moi cet homme
De haine pour qui je n’ai que haine
Car pour me cantonner en cette unique race
Vous savez pourtant mon amour tyrannique
Vous savez que ce n’est point par haine des autres races
Que je m’exige pécheur de cette unique race
Que ce que je veux
C’est pour la faim universelle
Pour la soif universelle
La sommer libre enfin
De produire de son intimité close
La succulence des fruits.
[...]