Torino-Nice 2016, J-1

by Tlack October. 12, 2016 2300 views

Et voilà. Comme d'habitude, les grandes résolutions, les saines idées prises il y a déjà longtemps tombent à l'eau. Je pédale à fond depuis une bonne demie-heure, le coeur grossi par l'effort et la tension artérielle augmentée par le stress, le pouls me bat dans les oreilles alors que je me bats contre le vent.

J'ai fait partie des tout premiers inscrits, ça fait bientôt un an. En un an, on peut dire que j'ai eu le temps de me préparer pour ces sept-cents bornes de bikepacking à travers les Alpes, de paufiner mon matériel et mes réglages sur le vélo, affûter mes jambes et mon cardio tout l'été dans les cols de l'arrière-pays Niçois… 
Et bien rien de tout ça ! Une chose et l'autre, un bébé, le boulot, ma procrastination habituelle ont fait qu'il y a à peine une heure, j'étais encore chez Décathlon pour acheter une veste de pluie et le seul dérailleur disponible. J'ai déjà eu de la chance de les trouver. J'ai tout jeté sur mon Croix de Fer et ai sauté dessus pour… louper le train en gare d'Antibes.

"Il s'arrête aussi à Nice-Riquier" m'a indiqué la guichetière. Donc me voilà sur le bord de mer à pousser et tirer comme un âne sur mes pédales en espérant rattraper le train à la prochaine gare. Je sais même pas où elle est, cette gare ! J'essaie de gérer mon effort : sur mon vélo en acier avec ses roues de VTT, ça devrait prendre une heure. Je roule le plus vite, le plus aéro possible en tentant de ne pas exploser avant d'arriver. J'ai embrassé ma femme en lui disant "à dans dix jours", j'aurais vraiment l'air con de rentrer trempé de sueur et désabusé deux heures après…

Finalement, essoufflé et dégoulinant, j'achète mon billet à Riquier avec dix minutes d'avance. J'ai même le temps de m'acheter un pan bagnat et une coca à la boulangerie d'à côté. Moi qui voulais épargner ma tenue et arriver frais et dispos à Turin après un voyage agréable, je me retrouve pourri, puant, avec un pan bagnat qui dégouline d'huile. Mais bon, soulagé, je suis dans le train. J'ai l'impression d'avoir accompli la première épreuve de ce rally.

Changement à Vintimille. Un cyclotouriste se prend la tête avec le contrôleur, qui l'envoie paître comme il faut. Avec ce qu'il me reste d'Italien, je comprends qu'on n'a pas le droit de monter le vélo dans le wagon à vélos. "Billet spécial", "train de Ligurie au lieu du Piémont", "Fai un po come voi !" C'est obscur, mais le langage est fleuri ! Si ça ne remettait pas en cause ma participation à la course, c'en serait presque drôle… J'ai quand même pas fait tout ça pour faire demi-tour à la frontière !
Je fais semblant de ne pas avoir compris et, avec mon plus grand sourire, demande confirmation au contrôleur. "-Vous n'avez pas le bon billet, votre train passe par Cuneo et n'arrive qu'à 23h30, signore". Franchement plein le dos. Le départ n'est que demain matin, mais je n'ai vraiment pas envie d'arriver vers minuit dans une ville inconnue, le ventre vide et sans savoir où dormir. Je me vois déjà dormir caché dans un parc avec la hantise de me faire voler le vélo. Pour un bon départ, ce serait un bon départ!
J'enrobe les choses un petit peu et c'est bon, je peux prendre le train si je démonte mon vélo. Ca me fera l'occasion de régler mon dérailleur arrière et mon frein avant tout neufs.

Finalement après avoir usé du peu de bagou qui avait survécu à ma tâche d'huile et mon odeur de fénec, pas la peine de démonter le vélo. Le train se bonde un peu plus à chaque arrêt, et des arrêts, il y en a entre la mer et Torino… Je finis par voyager assis par terre dans le compartiment à vélos, avec même pas la place de bricoler mes réglages.

J'arrive à Turin avec la nuit. Les avenues sont larges, joliement éclairées et les pavés irréguliers. 

Sur la place Bodoni, les participants prennent des bières et pizzas le soir précédant le départ du Torino-Nice Rally

Sur la place Giambatista Bodoni, deux belles tablées de barbus, de tatoués à gapettes et de MAMILs boivent des bières en attendant leurs pizzas.



On est une bonne soixantaine à vue de nez. Je fais le tour : des Anglais, beaucoup d'Anglais. Des Néerlandais, quelques français, trois ou quatre femmes et étonamment très peu d'Italiens. Dans le lot, je rencontre James, l'organisateur, un grand gars fin et discret, habillé tout en noir. Mathieu le Néerlandais, avec qui j'étais aussi en contact avant le départ ; il a garé sa voiture à Nice et a fait la route à vélo jusqu'ici. "Ca me fait un petit échauffement!" John et Scott, mes voisins de table, font partie du Bear Bones Bikepacking. Ils me proposent gentiment le gîte pour la nuit.

Après une bonne journée de stress, je me détends enfin, je sais que je vais prendre le départ.

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